+4 j'ai appris
posée par (0 points)
Bonjour à tous,

Au surlendemain de la très intéressante journée de l'innovation que nous avons vécus mercredi, j'avais envie de partager avec vous ma réflexion.

Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis Isabelle Voutquenne, infirmière au collège d'Auxonne.

Lors de sa conférence, M. Franck Ramus a fait un parallèle avec "la saignée", pratique médicale barbare, qui a pourtant perduré pendant des siècles, sans aucune preuve de son efficacité. Ce parallèle visait à démontrer que peut-être, chacun de nous, individuellement, met en pratique des techniques qui nous semblent valables, alors qu'on a aucune preuve de leur efficacité.

Sachez que "la saignée" se pratique encore de nos jours. Je l'ai moi-même pratiqué lorsque j'étais encore infirmière en hôpital. Cela se fait avec une très grande efficacité dans des cas très particuliers de maladie rénale.

Alors pourquoi est-ce que je dis ça ?

Parce que ce qui  n'est pas valable pour la majorité l'est peut-être pour vous. Parce que même s'il n'y a aucune validation scientifique objective de votre technique à vous, cela ne veut pas dire qu'elle ne vaut rien.

Bien sûr qu'il est important d'aller regarder ce qui fonctionne ailleurs, ce qui a été testé et validé. Mais l'éducation, c'est avant tout de l'humain. Et aucune pratique scientifiquement prouvée ne pourra être valable à 100%, parce qu'il y aura toujours ce facteur humain.

Alors si votre approche enseignante vous donne des résultats subjectivement efficaces, si elle vous permet de vous lever le matin avec enthousiasme parce que vous avez trouvé ce qui vous parle, ce qui résonne en vous, et vous permet de vous sentir vivant et utile, alors ne renoncez pas sous prétexte que ce n'est pas prouvé scientifiquement.

Et quand bien même il aurait été prouvé que votre technique n'est pas plus efficace que celle d'un placebo, et bien réjouissez-vous ! Car un effet placebo, c'est un effet tout de même. Qui est efficace à sa façon, sans raison visible et mesurable. Et personnellement, je préfère un placebo efficace et sans effets secondaires, qu'un médicament scientifiquement prouvé performant, mais possédant de nombreux effets indésirables et une toxicité même minime !

Croyez en vous : il  n'y a que de cette façon que nous pourrons avancer vers plus de bienveillance et d'efficacité !

Isabelle.

7 Réponses

0 j'ai appris
répondu par (0 points)
Merci Isabelle pour cette réflexion très intéressante.
+3 j'ai appris
répondu par (0 points)
Merci Isabelle pour la réflexion. Elle m'en inspire une autre. Je n'ai pas entendu la dite conférence. Je lis actuellement "Apprendre au XXIème siècle" de notre parrain François Taddei. Il a un paragraphe: désapprendre pour apprendre (je ne sais plus si c'est exactement ces mots là, le livre est à l'école). Il prend l'exemple de la fièvre puerpérale des jeunes accouchées qui décédaient pendant des années parce que les médecins accoucheurs passaient de la salle d'autopsie à la salle d'accouchement sans se laver les mains. Lorsqu'un médecin s'est penché sur la question et leur a demandé de se laver les mains, il n'a pas été entendu parce que les médecins ne pouvaient accepter la responsabilité de ces décès. Il était alors plus simple de se dire que l'autre avait tort.

Pour faire un parallèle avec l'enseignement: si parfois les techniques qu'on utilise en classe nous semble fonctionner, il ne faut pas non plus perdre de vue que parfois nous nous persuadons nous-même du bon fonctionnement de ces techniques. Il est difficile de prendre du recul et de se dire que ce qu'on fait depuis des années, par habitude ou parce que tout le monde a toujours fait comme ça, ne fonctionne pas si bien. Pour caricaturer, un nombre important d'enseignants pense que faire des exercices d'applications en grand nombre, faire des maths et du français à haute dose est forcément bénéfique pour les élèves et remettent en cause les "pédagogues", nous expliquant, avec honnêteté j'en suis sûre, que ça marche, la preuve, "c'est comme ça qu'on a appris et le niveau était autre".

Selon moi, il faut donc ne pas perdre de vue notre subjectivité et avoir le recul nécessaire pour remettre en cause nos pratiques régulièrement pour faire toujours mieux.
+3 j'ai appris
répondu par (0 points)
Bonjour Stef,

Je suis entièrement d'accord avec toi ! Et l'un n'empêche pas l'autre !

Je suis partie du principe que les enseignants présents à la conférence étaient déjà dans la disposition de se remettre en question, et de chercher à améliorer leurs pratiques pour ne plus reproduire ce qui se faisait avant. D'où mon sentiment que, à trop vouloir la perfection (sous entendu, la validation scientifique d'une méthode), on pouvait aussi démotiver ceux qui osent enfin, qui s'autorisent à changer leur pratique.

Mais c'est vrai que pour en arriver à une remise en question, il faut s'autoriser aussi à prendre du recul, et accepter l'idée que, peut-être, on aurait des choses à changer.

Je reste persuadée toutefois que ce n'est pas sous la pression qu'on y arrivera, mais plutôt par l'exemple de nos pairs, et le sentiment que l'on a le droit de changer sans risquer de se perdre au passage. (mais ça, c'est mon côté bienveillant à toute épreuve !)

Isabelle.
+1 j'ai appris
répondu par (0 points)
Merci Yse Abelle pour ton sujet très intéressant... il est clair de mon point de vue qu'on ne peut pas faire abstraction de son ressenti lorsqu'on enseigne et qu'on sent que "ça marche", ou que "la mayonnaise prend", ce qui fait que parfois les choses fonctionnent même si cela n'a pas été "démontré (et je connais le sens de ce mot !) par des études scientifiques... J'ai l'impression que ce sujet part dans le domaine philosophique, à savoir l'opposition que l'on peut faire entre la science et le vivant.
+2 j'ai appris
répondu par (0 points)
Merci pour votre réponse qui résonne en moi car je travaille en collège, je suis CPE, et c'est ce facteur humain qui est toujours à prendre en compte et cela demande du temps et de l'écoute et de l'attention et de la bienveillance cadrante, et c'est toute une aventure et c'est la difficulté et la richesse de notre travail...

C'est néanmoins ce facteur qui est essentiel!!!
0 j'ai appris
répondu par (0 points)

Merci Ludovic et Sylvia pour ces très beaux témoignagessmiley

+2 j'ai appris
répondu par (0 points)
Que c'est bien dit !

Merci !
Accès aux thématiques
...